le 27 septembre 2017
Désormais banalisé, le fait religieux cesse en 2017 de progresser dans les entreprises

L’Institut Randstad et l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise[1] (OFRE) présentent les résultats de leur cinquième étude commune sur le fait religieux en entreprise. Alors que depuis 2013 les précédentes enquêtes avaient révélé la progression puis la banalisation du fait religieux au travail, l’étude 2017 livre un enseignement de taille. Pour la première fois, l’observation « quantitative » du fait religieux ne progresse pas. La part des salariés interrogés qui, en 2017, déclarent observer de façon régulière ou occasionnelle des faits religieux dans leur situation de travail est identique à ce qu’elle était un an plus tôt : 65 %. L’enquête 2017 confirme donc la banalisation du fait religieux en entreprise. Elle donne aussi à voir son « plafond ». Car si l’édition 2016 avait révélé une progression de 10 points en un an du phénomène, la stabilité constatée en 2017 n’est vraisemblablement pas un hasard. Elle témoigne du poids des entreprises qui, par leur secteur d’activité et/ou leur implantation géographique, présentent une porosité au fait religieux. Aussi peut-on considérer que le fait religieux touche, d’une façon ou d’une autre, environ deux-tiers des managers en France. Un résultat davantage structurel que conjoncturel. Les cas conflictuels restent pour leur part toujours minoritaires, passant de 6,7 % de l’ensemble des faits religieux observés en 2016 à 7,5 % cette année.  L’étude a été réalisée entre avril et juin 2017 sur la base d’un questionnaire en ligne conduit auprès de 1 093 salariés exerçant pour la plupart (63 %) des fonctions d’encadrement.

 

« Un an après avoir enregistré une progression significative, le fait religieux en entreprise marque le pas en 2017, selon l’enquête de l’Institut Randstad et de l’OFRE. Cette absence d’évolution ne signifie cependant pas que les comportements des salariés se suivent et se ressemblent. Cette année, près des trois-quarts (72 %) des salariés interrogés estiment ainsi que l’entreprise ne doit pas s’adapter aux pratiques religieuses des salariés alors qu’ils n’étaient que 60 % à le penser en 2016. Dans le même temps, ils sont 73 % à estimer qu’il est tout à fait admissible de prier pendant ses pauses. Les salariés dessinent donc ici un équilibre subtil entre ce qui relève de la sphère privée, où l’expression de sa foi a toute sa place, et ce qui relève de la sphère professionnelle, au sein de laquelle les règles collectives de l’entreprise doivent s’imposer », déclare Laurent Morestain, secrétaire général du groupe Randstad France et président de l’Institut Randstad pour l’égalité des chances et le développement durable.

 

« Il n’y a rien de surprenant à ce que travail et pratique religieuse se rencontrent. Simone Weil, dans son analyse de la condition ouvrière, l’a si bien mis en évidence. Le travail est, ou devrait être, un outil de transcendance, notre moyen de contribuer à des projets qui participent au progrès du monde. Derrière les chiffres de cette nouvelle étude, la cinquième, il faut repérer ce que cette irruption de la problématique religieuse dans les ateliers et les bureaux interroge. Avant d’être réalisé par des ingénieurs, des contrôleurs de gestion, des soudeurs ou des infirmières, le travail est une affaire de personne. C’est dans le travail que se joue, en reprenant les mots d’Hannah Arendt, la condition humaine. C’est cela que le fait religieux interroge : le sens du travail aujourd’hui et sa capacité à permettre aux personnes de s’élever en prenant part au projet d’une entreprise », déclare Lionel Honoré, professeur des Universités et directeur de l’OFRE.

 

 

[1] L’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise est un programme de recherche développé au sein du laboratoire GDI « Gouvernance et Développement insulaire » de l’Université de la Polynésie Française (UPF).